J’ai les yeux braqués vers l’horizon
Où s’étend la mer de tout son long
Et les profonds sillons des bâteaux
Semblent vouloir échancrer une eau grise
Dans laquelle l’amertume s’enlise
De légers reflets blancs sur sa peau

Deux énormes morceaux de terre s’étendent
L’un vers l’autre comme s’ils voulaient s’atteindre
Et ils trouvent le moyen de s’en plaindre
En des sirènes qui au loin s’entendent
L’impression que me donne le détroit
Pareille à celle qui m’allonge vers toi

Qui sait combien pareils à nous deux
Voudraient tarir la mer de leur feu
La sécher par des miracles d’antan
Réunir les deux bras en l’étreinte
D’un présent attendu depuis si longtemps
Abolir à jamais les complaintes

Nino ANAVI
Tiré du recueil de poésies “A toi..." - Istanbul, 1995