Le
thé, c’est une de mes boissons préférées. Quand j'étais petite, mes parents nous en servaient avec du lait au retour de la cueillette des champignons. Adolescente, j’en buvais le matin en y trempant mes pains au chocolat mais aussi le soir en revoyant mes leçons. Depuis que je vis en Turquie, vous vous doutez bien que je ne suis pas dépaysée et que je ne compte plus les verres de thé que j’ai absorbés. (Je regrette d’ailleurs qu’il n’y ait pas de comptoirs des thés à Istanbul afin de varier les plaisirs, mais il me semble qu’une boutique va bientôt ouvrir sur
Beyoğlu :)
90 % des turcs boivent au moins un thé par jour
La première fois que j’ai aperçu des théiers (= arbres à thé) ce fût à
Rize, c’est à dire il y a 1 mois de cela. C’est un paysage plutôt hors du commun puisqu’après avoir quitté les côtes de la Mer Noire (et ses sols bétonnés), on pénètre rapidement dans des vallées verdoyantes, où des petits arbustes verts et touffus se mêlent à de grands arbres. C'est un peu comme si on passait de la plage à la forêt amazonienne. Pas une parcelle de terre n’est défrichée, il faut dire qu’il pleut plus de 200 jours dans l’année dans cette région.
Les arbres à thé ne dépassent pas un métre de hauteur
Sur le bord de la route, nous n’avons pas cessé de croiser femmes et hommes qui ramenaient leur cueillette de feuilles de thé dans les entrepôts, un kilo de feuilles de thé (fraiches) est revendu pour 70
kuruş.
C’était la saison de la récolte, qui a d’ailleurs lieu trois fois par an (mai, juillet et septembre). Au bord de la route, de nombreux sacs pleins de feuilles vertes étaient plus ou moins abandonnés en attendant qu’une camionnette viennent les collecter. En Mer Noire, il n’est pas rare de voir le thé descendre des collines, les paysans cueillent les feuilles à la main et les mettent dans des grandes caisses en bois qui descendent les vallées grâce à un systéme de treuils (comme sur la photo ci-dessous).
A force de voir ce spectacle autour de la cueillette du thé, je n’avais qu’une envie : Visiter une usine. J’étais curieuse de savoir quel parcourt empruntaient ces feuilles vertes pour arriver jusque dans mon mug d’eau chaude le matin. Aussi, Fred et moi nous nous sommes rendus dans une des principales usine de la région,
Çaykur, le groupe posséde 42 usines en Turquie. Un peu culottés il faut le dire, nous avons prétendu à l’entrée être des journalistes français. Aucune question sur notre identité ou autre, un des ingénieurs nous a souhaité la bienvenue et la visite a pu commencer.
Alors qu’un camion transportant 5,5 tonnes de feuilles fraiches arrivait dans l'usine,
Niyazi nous a indiqué que l’usine était ouverte 24h sur 24, 300 employés y travaillent par tronçon de 8 heures. Ces feuilles restent sur des tapis roulants pendant 6 heures, elles se déshydratent petit à petit. Ensuite, elles tournent dans de grands réservoirs et sont ainsi broyées pendant 45 minutes. Le circuit continue et les entraine 20 minutes sur des tapis où elles restent à l’air libre, puis elles passent au four (100 degrés) et y demeurent pendant 25 minutes.
L’usine met 8 heures pour traiter 9 tonnes de feuilles et elle tourne toute l’année grâce au stock amassé lors des récoltes. Les feuilles finiront par être broyées en petits morceaux (7 tailles différentes) et seront enfermées dans d’énormes sacs en toile pesant plusieurs dizaine de kilos.
On utilise surtout les tailles 2 et 5, on réalise un mélange des deux.
Ce qui est surprenant c’est qu’on s’attend, une fois dans l’usine, à être enivré par des effluves de thé. Pourtant il n’en est rien, les feuilles fraiches comme nouvellement asséchées, devenues noires, n’ont aucune odeur. Celle-ci se développe plus tard, car les sacs de thé sont entreposés 1 an avant d’être ouverts, les feuilles sont mélangées et empaquetées de nouveau pour être ensuite vendues au grand public dans toute la Turquie.
Les fours qui vont assécher les feuilles de thé
Et vous voulez connaitre le comble de l’histoire ? Et bien à
Caykur, malgré l’accueil chaleureux que nous avons reçu, on ne nous a pas offert un seul verre de thé, alors qu’on vous en offre toujours partout en Turquie. Etonnant non ?!
* Les photos de ce billet ont été prises par Fred avec son téléphone portable, mon numérique ayant rendu l’âme au cours de notre séjour.