Sans pudibonderie
Par Marie-France, mercredi 13 février 2008 à 09:54 :: Mes moments épicés :: #591 :: rss
- Je mange un concombre, je m'excuse car j'ai faim : Je suis au régime.
Le chauffeur venait de m'adresser la parole tout sourire, alors qu'il grignotait son légume vert, quelques minutes avant de démarrer son bus. L'oeil amusé, j'étais prête à entendre la suite, car je me doutais bien que de me retrouver seule dans un bus de 60 places avec un homme turc et 30 minutes de trajet devant moi allait entraîner une vague d'échanges verbaux et grammaticaux.
J'essayais de deviner la question qui allait suivre. Ici, c'est souvent un enchaînement classique ; j’aurai sûrement le droit à Vous êtes d'où ? ou bien peut-être : Vous vivez en France ou en Turquie ? Hum, et pourquoi pas : Vous êtes en couple ? Il est turc ? Ou bien encore : Dans quel secteur travaillez-vous ? Au lieu de cela, le chauffeur me dit :
- A votre avis, j'ai besoin de perdre combien de kilos pour être bien ?
- Euh, un, deux... Répondis-je surprise.
- Non plus, me rétorqua-il en rigolant, devant autant de courtoisie française.
Ensuite les questions classiques suivirent à mon grand soulagement, ma théorie venait d'être encore une fois vérifée. Je répondis dans l'ordre : Française, en Turquie, oui, non français, construction navale.

Ensuite, il m'a raconté sa vie, sur fond de musique remixée de la Mer Noire. Je l'écoutais amusée me relater ses déboires amoureux, la jeune fille qui ne voulait pas de lui, son travail, et plusieurs fois il m'invita à donner mon avis. Croyez-vous qu'il me draguait ? Tout bon français vous dirait que oui. Tout bon turc vous dirait que non. Tout bon français vivant en Turquie vous dirait que les turcs parlent souvent sans pudeur. Non pas qu'ils vous accostent dans la rue sans arrêt, mais quand la promiscuité est de mise, ils sont capables de parler de la pluie et du beau temps autant que de leurs problèmes conjugaux.
Dernièrement, je dînais au restaurant avec des connaissances professionnelles. La jeune femme en face de moi commanda une petite salade de rien du tout. Le serveur lui conseilla alors quelques plats supplémentaires. Elle lui dit sans détour en faisant profiter la table entière : Je suis au régime. Il me semble que notre nature occidentale nous pousserait à dire : Je n'ai pas très faim plutôt que de faire partager à de purs inconnus nos choix diététiques. Un peu plus tard à table, elle me parlait de ses problèmes de menstruations comme si nous étions deux vieilles amies...

Ce manque de pudeur syntaxique me met souvent mal à l’aise. Quand vous n'y êtes pas habitués, ça choque un peu au début. D’autant plus qu’ici on prend tous les raccourcis. Ainsi, on peut entendre de vagues connaissances qui vous saluent dire sans aucune gêne : T'as pas grossi toi ? Même si on le pense tout haut, on le dit souvent tout bas en France, en se gardant d'être bienséant, question d'éducation, de politesse. Ici, non, on vous balance cela sans préavis comme on vous balancerait un uppercut en pleine mâchoire. Un dialogue où la pudibonderie perd le match par K.O. face à l'honnêteté.
Et dire qu’au temps de Byzance, on aimait la rhétorique... L’art de l’éloquence grecque aurait-il été remplacé par l’art de l’impudence turque ?
Le chauffeur venait de m'adresser la parole tout sourire, alors qu'il grignotait son légume vert, quelques minutes avant de démarrer son bus. L'oeil amusé, j'étais prête à entendre la suite, car je me doutais bien que de me retrouver seule dans un bus de 60 places avec un homme turc et 30 minutes de trajet devant moi allait entraîner une vague d'échanges verbaux et grammaticaux.
J'essayais de deviner la question qui allait suivre. Ici, c'est souvent un enchaînement classique ; j’aurai sûrement le droit à Vous êtes d'où ? ou bien peut-être : Vous vivez en France ou en Turquie ? Hum, et pourquoi pas : Vous êtes en couple ? Il est turc ? Ou bien encore : Dans quel secteur travaillez-vous ? Au lieu de cela, le chauffeur me dit :
- A votre avis, j'ai besoin de perdre combien de kilos pour être bien ?
- Euh, un, deux... Répondis-je surprise.
- Non plus, me rétorqua-il en rigolant, devant autant de courtoisie française.
Ensuite les questions classiques suivirent à mon grand soulagement, ma théorie venait d'être encore une fois vérifée. Je répondis dans l'ordre : Française, en Turquie, oui, non français, construction navale.
Ensuite, il m'a raconté sa vie, sur fond de musique remixée de la Mer Noire. Je l'écoutais amusée me relater ses déboires amoureux, la jeune fille qui ne voulait pas de lui, son travail, et plusieurs fois il m'invita à donner mon avis. Croyez-vous qu'il me draguait ? Tout bon français vous dirait que oui. Tout bon turc vous dirait que non. Tout bon français vivant en Turquie vous dirait que les turcs parlent souvent sans pudeur. Non pas qu'ils vous accostent dans la rue sans arrêt, mais quand la promiscuité est de mise, ils sont capables de parler de la pluie et du beau temps autant que de leurs problèmes conjugaux.
Dernièrement, je dînais au restaurant avec des connaissances professionnelles. La jeune femme en face de moi commanda une petite salade de rien du tout. Le serveur lui conseilla alors quelques plats supplémentaires. Elle lui dit sans détour en faisant profiter la table entière : Je suis au régime. Il me semble que notre nature occidentale nous pousserait à dire : Je n'ai pas très faim plutôt que de faire partager à de purs inconnus nos choix diététiques. Un peu plus tard à table, elle me parlait de ses problèmes de menstruations comme si nous étions deux vieilles amies...
Ce manque de pudeur syntaxique me met souvent mal à l’aise. Quand vous n'y êtes pas habitués, ça choque un peu au début. D’autant plus qu’ici on prend tous les raccourcis. Ainsi, on peut entendre de vagues connaissances qui vous saluent dire sans aucune gêne : T'as pas grossi toi ? Même si on le pense tout haut, on le dit souvent tout bas en France, en se gardant d'être bienséant, question d'éducation, de politesse. Ici, non, on vous balance cela sans préavis comme on vous balancerait un uppercut en pleine mâchoire. Un dialogue où la pudibonderie perd le match par K.O. face à l'honnêteté.
Et dire qu’au temps de Byzance, on aimait la rhétorique... L’art de l’éloquence grecque aurait-il été remplacé par l’art de l’impudence turque ?
Commentaires
1. Le mercredi 13 février 2008 à 13:00, par M.
2. Le mercredi 13 février 2008 à 13:13, par Ozlem
3. Le mercredi 13 février 2008 à 16:07, par Marie de Kaş
4. Le mercredi 13 février 2008 à 17:45, par Marie-France
5. Le mercredi 13 février 2008 à 18:41, par özgül
6. Le mercredi 13 février 2008 à 18:51, par Nat
7. Le mercredi 13 février 2008 à 23:32, par ysa
8. Le jeudi 14 février 2008 à 14:35, par Marie-France
9. Le mercredi 26 mars 2008 à 19:24, par Fiso
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