Diyarbakır, la noire
Par Marie-France, mardi 3 juin 2008 à 10:32 :: Turquie du Sud-Est :: #666 :: rss
Si le destin nous a menés jusqu’à Diyarbakır, ce n’est sûrement pas pour ses pastèques - que l’on cultive dans la région et qui sont aussi volumineuses que délicieuses - mais plutôt pour retrouver notre ami Bariş, qui fait actuellement son service militaire dans le Sud-Est de la Turquie.
A vrai dire, je connais peu de turcs et d’étrangers qui se rendent à Diyarbakır pour y faire du tourisme, pourtant, nous y avons fait de belles découvertes. Tout comme Mardin et Hasankeyf, cette ville d’un million d’habitants en a vu des civilisations défiler au cours des siècles. Assyriens, Perses, Romains, Ottomans s’installèrent dans cette ville et y laissèrent quelques édifices en pierres tels que les remparts de la ville (5,7 km de long, 12 m de haut, 3 à 5 mètres de large), des églises, des mosquées ou encore des caravansarails.
Diyarbakır est aujourd’hui principalement habitée par des kurdes, qui y célèbrent chaque année, dans un climat de tension, le premier jour de l’an kurde en même temps que le premier jour du printemps (Newroz). Par rapport aux villes voisines, Diyarbakır a comme particularité la couleur de ses pierres, issues de l’éruption volcanique du Karacadağ. Les édifices de la ville, remparts y compris, ont ainsi la teinte sombre des basaltes, d’où le surnom de la "ville noire".
A droite, le lion attaquant le taureau qui est le symbole du jour de l'an Kurde (représentation de l'équinoxe du printemps, soleil occultant les Pléiades). Le tout est gravé sur l'enceinte de la mosquée d'Ulu.
La mosquée d'Ulu (Ulu Camii ou Grande Mosquée) a une architecture vraiment intéressante, puisqu'elle fût érigée en église (Mar Toma Kilisesi) avant d'être transformée en mosquée (en 639). C'est une des plus vieilles mosquées d'Anatolie, qui a dû être restaurée à plusieurs reprises.
A quelques pas de là se trouve le Han de Hasan Paşa. Un vrai havre de paix datant du 16e s. à l'intérieur duquel se mélangent artisans et cafés. Nous y rencontrons une jeune artiste kurde qui peint des objects en céramique et qui est venue d'Istanbul installer son petit commerce.
Au hasard d'une rue, nous pénétrons dans un très joli konak où toutes les pièces donnent accès sur une belle cour centrale. Il s'agit en fait de la maison du poéte Cahit Sıktı Tarancı qui a écrit le célèbre poème yaş otuz beş. La visite nous apprend que les femmes vivaient séparées des hommes, et que le konak était agencé selon les saisons d'été et d'hiver.
Avec Frédéric, nous nous perdons dans les rues étroites et pauvres de Diyarbakır, n'est-ce pas comme cela que l'on fait les plus belles découvertes et rencontres ? Nous passons devant une boulangerie et achetons du pain, puis plus loin au bakkal un peu de fromage.
Mehmet, le gérant de ce petit commerce nous improvise une table pour manger à l'arrière de sa boutique et il serait impoli de refuser de s'asseoir sur les petits tabourets qu'il dispose devant nous. Tout en dégustant notre déjeuner, nous observons avec curiosité les gens qui rentrent et qui sortent de cette petite épicerie de quartier.
En sortant des sentiers battus, nous apercevons des ruines qui dépassent d'une enceinte d'une habitation, nous poussons une porte à demi-fermée et sommes accueillis par quelques enfants.
Ils nous invitent à pénétrer dans ce lieu insolite, ils vivent sur les ruines d'une église dont ils connaissent l'histoire et les moindres recoins par coeur. Surp Giragos Ermeni Kilesi était un lieu de culte pour les arméniens catholiques.
Les arcades pointues, qui rappellent l'influence arabe, s'élèvent dans le ciel bleu et l'église comporte encore quelques secrets : Des croix gravées dans la pierre à quelques endroits, des couloirs étroits. Comment un tel monument peut-il être laissé à l'abandon ?
Nous voici un peu plus loin devant le minaret aux quatres pieds (Dört Ayaklı Mınare). Construit sous Kasım Han, cet édifice repose sur quatre colonnes, et il est construit en pierres blanches et noires. On raconte que si l'on passe sept fois sous ce minaret, notre rêve le plus cher se réalise.
A Diyarbakır, nous avons vu de nombreuses plaques, adossées aux murs, nous indiquant les efforts financiers réalisés par l'Union Européenne pour restaurer certains quartiers et monuments. Espérons que cette volonté se poursuive, car la Turquie n'a pas toujours su préserver les éclats de son passé. Il serait dommage que de telles splendeurs multiculturelles disparaissent à jamais...
* Photographies de Fred & moi
Commentaires
1. Le mardi 3 juin 2008 à 12:54, par özgül
2. Le mardi 3 juin 2008 à 14:55, par Mustafaaa
3. Le mardi 3 juin 2008 à 22:39, par Nat
4. Le mercredi 4 juin 2008 à 11:27, par Marie-France
5. Le vendredi 6 juin 2008 à 13:43, par Legleg
6. Le dimanche 5 octobre 2008 à 20:58, par babette52
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