Vous ne trouverez pas plus motivés qu’eux pour battre le pavé malgré cette chaleur étouffante et humide qui s’est emparée d’Istanbul. Leur courage résulte de la mission qui les a fait se déplacer et qu’ils ne veulent avorter sous aucun pretexte : Ils doivent visiter la ville de fond en comble. Short, lunettes de soleil, appareil photo et guide touristique greffés à la main sont les signes distinctifs de ces explorateurs des temps modernes, appelés communément des touristes.



Depuis début juin, ils se sont infiltrés partout et ont imbibé les murs d'Istanbul avec leurs accents et la moiteur de leur peau. Être touriste de nos jours est un rôle qu’il faut prendre au sérieux, c’est presque devenu un vrai métier et la concurrence est rude : Il est question de ramener les plus belles photos, d'avoir goûté à tout et d'avoir découvert des coins qui ne figurent même pas dans les pages des guides.

Entre locaux et vacanciers, il est parfois difficile de repérer qui est qui. Certains vendeurs se laissent prendre au piège sur Istiklal Caddesi et murmurent quelques mots turcs à un de leur client qu’ils pensaient être du même clan. Mais non, raté, le touriste ne comprend pas un mot et offre au vendeur, en guise de réponse, des yeux de merlans frits.

Au milieu des anglaises en short sexy et des italiens piailleurs, se mêlent celles qui sont supposées rester dans l'ombre, alors qu'on ne remarque qu'elles. Pas un bout de chair ne dépasse de leur long tchador noir, ce sont les épouses des moyens orientaux, venues tout droit des pays chauds qui pullulent le pétrole.



En Turquie, les moyens orientaux ne sont pas trop dépaysés, 98 % des gens pratiquent la même religion qu’eux, 60 % des femmes sont voilées et puis les vols sont quotidiens et directs. Istanbul-Dubai en quelques heures et sans visa, palaces, shopping, bijoux : Pour ces touristes là, Istanbul c'est le paradis, ou presque.

Ces hommes et ses femmes se fondent dans la masse si bien que les vacanciers européens confondent les autochtones et moyens-orientaux. Les businessmen qui ne fréquentent que les hôtels quatre étoiles feront la même amalgame, et diront qu'Istanbul est une ville peuplée de femmes portant le tchador, ce qui est pourtant loin d'être vrai...



Et au milieu de toute cette masse humaine, il y a nous, qui appartenons à cette catégorie un peu à part. Ni touristes, ni locaux, nous avons franchi la frontière sans billet retour en poche et vivons ici depuis des années. Nous regardons les touristes avec amusement mais aussi avec nostalgie. Eux découvrent pour la première fois la Turquie, et s'émoustillent de tout. Que ne donnerait-on pas pour revivre encore une fois ces sensations de nouveau-né ? Car même si des découvertes en tout genre nous attendent chaque semaine, tout cela se conjugue finalement sur un air de déjà-vu...

Une pensée pour toutes les victimes du double attentat qui s'est malheureusement déroulé hier à Istanbul. Merci pour vos messages. C'est une semaine tendue au niveau politique. Si vous souhaitez en savoir plus sur l'actualité turque, je vous invite à lire la presse et les blogs qui traitent de ce sujet.