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Du miel aux épices d'Istanbul...

vendredi 7 novembre 2008

Yılmaz et son église

Quand le travail devient trop stressant, quand l'hiver s'installe à petits pas, quand le moral tombe dans les chaussettes, il suffit de faire un petit exercice de relaxation pour se sentir tout de suite mieux. On ferme les yeux, puis on se remémore un endroit qu'on aime, où le silence et la paix règnent...



Nos pérégrinations nous ont emmenés un jour d'août dans le village de Bulanık, construit tout en bois. Sur place, nous faisons connaissance avec quelques habitants. En deux minutes, nous recevons déjà trois invitations pour boire le çay avec de parfaits inconnus. Nous souhaitons cependant visiter auparavant l'église de Yeni Rabat, située à quelques kilomètres de là. Mais la route est bloquée, certains ouvriers y construisent un pont pour que l'accès y soit plus facile.



Le chef de chantier m’offre une tranche de pastèque, et n’oublie pas la part de Fred. En montant, un homme moustachu se joint à nous, il nous explique qu’il habite à Yeni Rabat, et qu’il n’y a là haut que deux maisons. Il est en quelque sorte le gardien de ce patrimoine culturel.



Quelques enjambées plus tard, nous faisons le tour de cette église qui a été utilisée par les chrétiens jusqu’au début du 19e s. Yılmaz nous colle aux baskets et nous sert de guide, il a peur que nous ne nous échappions avant d’avoir bu un verre chez lui.



Après notre tour culturel, nous approchons de la maison en bois de Yılmaz. Sa maman est en train de faire boullir de l’eau dans lequel cuit un fromage. Elle nous fait goûter cette pâte chaude et élastique faite à base de lait de vache qui est délicieuse.



Nous nous asseyons dehors et faisons connaissance avec la belle fille de Yılmaz, qui habite ce hameau un mois dans l’année avec ses deux enfants. Elle vit normalement sur Istanbul et nous propose deux verres d’ayran frais, un regal là encore. Alors que nous essayons de comprendre l’agencement de cette maison construite en bois, on nous invite à visiter les lieux.



Tout est parfaitement bien organisé, et le plus intéressant reste la cuisine qui sert d'entrepôt, avec une porte qu’il faut enjamber, ceci pour éviter que les souris ne rentrent. D’ailleurs, on se croirait dans une boutique avec d'énormes compartiments en bois où l’on a disposé farine et autres denrées alimentaires.



Dehors, un chien a les oreilles coupées, il paraît que c’est pour mieux entendre les bruits de la forêt. Yılmaz nous apprend qu’il y a parfois des ours ou des loups qui s’approchent de leur habitation. Avant que la nuit ne tombe, nous mettons les voiles en remerciant Yılmaz et sa famille. En bas du chemin, les ouvriers s’activent toujours sur leur mini-chantier.



Ils nous proposent encore de la pastèque et le thé chauffe au beau milieu du chemin sur une bombonne de gaz. Même perdus au milieu de nulle part, une chose est sûre en Turquie : Nous ne pouvons ni mourir de faim, ni de soif ! Et surtout, même en pleine forêt au milieu des bêtes sauvages, on ne se sent jamais totalement seul…

jeudi 6 novembre 2008

Mutlu çocuklar



Enfants de Küçükpazar, descendant une rue pentue sur des morceaux de plastique.

mercredi 5 novembre 2008

Küçükpazar



Elles se cachaient dans la pénombre, les cheveux recouverts d’un voile fin aux motifs fleuris, je ne sais plus comment je les ai aperçues tant elles étaient discrètes, à moitié dissimulées derrière l'opacité des rideaux d’une maison en bois. Ces deux grands-mères observaient leurs petits-enfants débraillés descendre les rues abruptes à califourchon sur des bouteilles en plastique, complétement aplaties.



Leurs regards trahissaient une certaine tristesse. Ces deux vieilles dames ne devaient pas ignorer qu’un siècle auparavant, ceux qui habitaient là faisaient parti de l’élite istanbuliote. Mais à présent, ce quartier est habité par des ménages modestes ou pauvres.



Les familles du quartier de Küçükpazar vivent ici leurs dernières années, peu à peu les habitants devront partir sous la pression de la municipalité qui rachète les m2 en échange de liasses de YTL. Toutes ces vieilles maisons en bois qui dominent la corne d’or seront rénovées d'ici les prochaines années, le quartier, qu'on se le dise, devra retrouver ses armoiries.



Situé en contrebas de la Mosquée de Süleymaniye, Küçükpazar est un de ces vieux districts d’Istanbul où le linge sèche en oscillant sur un fil dans les rues délabrées, où une maison sur deux part en friches, où l’on peut encore admirer l’architecture des vieux yalı.



La municipalité souhaite qu’Istanbul devienne un musée à ciel ouvert et s’efforce de sauvegarder les dernières empreintes de son passé : 2010 est un tournant à ne pas rater.



Mais un problème de taille se pose : Une fois rénové, qui habitera dans ce vieux quartier lifté, difficile d'accès, et sis au milieu des commerces populaires d'Eminönü ? Les riches familles ? Non, elles préféreront habiter dans des quartiers résidentiels ultra modernes. Les familles modestes alors ? Je crains que les loyers ne soient beaucoup trop élevés pour elles.



Bref, le pari urbain n'est pas gagné d'avance. Les familles qui habitent encore là emporteront assurément dans leurs derniers cartons ces éléments impalpables qu'on ne peut reproduire avec une truelle et quelques planches en bois : Une âme, les couleurs d'une vie et les rires et cris des enfants...

mardi 4 novembre 2008

L'homme aux papillons



Il était là planté, anachronique, au milieu de la foule, devant les portes du marché aux épices à Eminönü, agitant ses petits serre-têtes ornés de papillons roses. Son habit, son sourire, sa façon d'aborder les gens : Autant de détails qui nous ont touchés. Il semblait sortir tout droit d'un roman de Paulo COELHO. Nous lui avons acheté une de ses babioles, il y avait dans ses yeux, couleur charbon, tant de lumière et tant d'humanité qu'on se sentait attiré comme une mouche dans une louche de miel.

lundi 3 novembre 2008

Masumiyet Müzesi

C’est ce qu’on appelle un bel effet d’annonce, ou bien encore une jolie fourberie. Orhan PAMUK, auteur de plus d'une dizaine de romans à succès, ne nous avait pas habitués à un tel génie marketing...



Dans son dernier roman publié en Turquie (et pas encore traduit en français) s’intitulant Masumiyet Müzesi, il nous raconte une histoire d’amour entre un homme et une femme issus de deux classes différentes dans les années 70. Il y décrit notamment un musée un peu particulier, le musée de l’innoncence, situé dans le quartier de Çukurcuma à Istanbul.



Fiction ou réalité ? Les bruits circulent en Turquie que ce musée existe bel et bien, d’ailleurs, dans les pages de son dernier roman, Orhan PAMUK nous donne le plan d’accès et nous offre une entrée gratuite.
Comme j’habite dans les environs de ce quartier, quelques uns de mes amis m’ont demandé si j’étais allée visiter ce musée. Mais, nous promenons souvent Yakamoz dans Çukurcuma et je n'avais jusqu'alors jamais remarqué un tel bâtiment. Aussi, j’ai voulu en avoir le coeur net et je me suis rendue sur Çukurcuma Caddesi au numéro 24 comme le stipule le roman du prix Nobel de littérature en 2006.



Sur place, je retrouve le vieil appartement de Brukner mais pas l’ombre d’un musée, les fenêtres sont murées, le bâtiment semble être en pleine rénovation. Je questionne alors un antikacı qui a pignon sur rue à quelques mètres de là, il me certifie qu’Orhan PAMUK est bien le propriétaire de cette maison et qu’il y ouvrira bientôt le musée de l’innocence.


Bâtiment qui accueillera prochainement le musée d'Orhan PAMUK

Aussi, je mets officiellement fin aux rumeurs immobilières et culturelles les plus folles, non Orhan PAMUK n’a pas encore ouvert son musée dans Beyoğlu. Quant à savoir la date d’ouverture, je n’ai malheureusement à ce jour aucune indication à sujet, mais soyez certains d’une chose, Yakamoz se chargera de flairer le moindre indice lors de nos promenades journalières...

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