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Du miel aux épices d'Istanbul...

jeudi 27 mars 2008

Istiklal Caddesi



Pendant un centième de seconde, devant le Consulat Français, j’hésite à m’élancer dans cette artère mais celle-ci finit par m’aspirer. Je pénètre ainsi dans la foule dense et compacte comme on se ferait prendre au piège dans un tourbillon. L’horizon est rempli de têtes brunes qui se croisent et se décroisent, qui s’évitent, qui se bousculent, je suis enivrée par la cohue. Sur les pavés d’Istiklal Caddesi, la jeunesse d’Istanbul se meut comme un troupeau de brebis hypertrophié.

Qui peut prétendre connaître Istanbul s’il n’a pas piétiné au moins une fois dans sa vie sur les pavés de cette grande artère piétonnière ? Ne cherchez pas du côté de Sultanahmet ou de kadıköy, Istanbul n’a qu’un coeur qui bat.

Son ventricule gauche est composé de boutiques, de restaurants, de cafés, de passages et de vendeurs ambulants. Son ventricule droit rassemble des hommes et des femmes de tous styles, des enfants, des touristes insatiables, des gens enchevêtrés.



De cette avenue de Beyoğlu s’émane une mélodie particulière et enigmatique qui fusionne avec des atomes d’odeurs hétérogènes. La cloche du vieux tramway rouge et blanc flirte avec les rythmes des darbuka. Les odeurs de marrons grillés embrassent les cous parfumés des travestis. Cheveux en l’air, crêpés, cheveux recouverts d’un carré de soie, mini-jupes ou longs manteaux : Istiklal Caddesi est à elle seule un échantillon de la Turquie et de ses contradictions.

Indépendance (traduction d'Istiklal) est le nom qu’elle arbore fièrement les après-midis de manifestation, lorsque les policiers armés encadrent en surnombre les turcs qui défilent en criant.

Reliant Taksim à Tünel, cette avenue est comme un layon : chaque homme peut s’y sentir perdu et peut s’y ressourcer en même temps. L'insomnie l'a frappée depuis plus de cinquante ans, à chaque heure du jour ou de la nuit, elle bout, elle s'apaise, elle frétille, elle vit. Elle se déroule tout en longueur entrainant avec elle la movida turque et quelques désoeuvrés. Sous chacune de nos enjambées, le sol vibre, nos âmes se perdent, nos esprits s'évadent, notre corps se saoule de toute cette masse humaine épaisse comme l'hémoglobine.

Marcher sur les pavés d'Istiklal Caddesi c'est finalement s'introduire dans l'artère la plus célèbre de la ville, s'immiscer corps et âme dans le myocarde d'Istanbul.

vendredi 14 mars 2008

Et si...

La terre a tremblé mercredi soir à Istanbul* vers 21h00.
Nous étions chez nous et nous n’avons rien senti, mais ce ne fût pas le cas de tous mes amis. Pas de dégâts constatés heureusement puisque la secousse a été considérée comme légère (4.8 de magnitude sur l’échelle de Richter), de quoi agiter quelques verres et étagères.



Un séisme va secouer l'ancienne capitale orientale de l'empire romain dans cinq, dix, quinze ans : Les avis divergent. L’épicentre ne sera pas à Izmit comme en 1999 mais à Istanbul même. Certains psychotent et parlent de tsunami, d’autres sont plus optimistes et prétendent que les failles bougent lentement donc que le tremblement de terre ne sera pas aussi violent qu’on le pense. On raconte aussi que les îles aux princes disparaîtront sous les flots. Depuis que j'habite ici, la seule sensibilisation que j’ai eue provient du Consulat français. En s’immatriculant, on reçoit une page de consignes tels que ne rien suspendre au dessus de son lit, avoir chez soi des réserves d’eau et des denrées non périssables, une lampe torche. A part cela, je n'ai jamais lu ni vu aucune consigne à suivre en cas de séisme.

Constructions illégales et anciennes ne respectant pas les normes antisismiques, gecekondu, population mal préparée...
Qu'aurons-nous comme scénario catastrophe si la terre tremblait ?

* Çınarcık (Yalova) fût l'épicentre de ce seisme qui s'est produit le 12 mars 2008.

jeudi 6 mars 2008

Pazarlar



Bien avant de savoir cuisiner, j'ai toujours adoré me rendre sur les marchés. Quand j’étais enfant, nous habitions dans une petite ville de la drôme sur la place du marché. Aussi, le dimanche matin, c’était un peu un rituel familial d’aller acheter les légumes, les fromages et le pain en faisant le tour des commerçants ambulants avec mes parents.

Lors de ma première saison passée en Turquie, je m’arrangeais toujours pour être en congé le jour du marché d’Alaçatı. Les antiquités jouxtaient les étalages des fruits juteux et des vendeurs de gözleme aux orties : Un vrai bonheur pour les papilles et les pupilles !

Quelque soit le lieu ou l’époque, les marchés dégagent toujours une ambiance festive. Des sons multiples parviennent à nos oreilles, on se balade sous de grandes tentes colorées, on fouine, on trie, on négocie, on pèse, on discute, on rigole, on se bouscule. En Turquie, Pazar signifie marché, mais peut aussi se traduire par “dimanche”.



Ici, la traditon des pazar remonte à la période Ottomane. De nos jours, les produits frais viennent pour la plupart de Turquie : Antalya ou Izmir, parfois de plus loin. Les salades et les bouquets d’aneth sont arrosés avec soin, les légumes verts sont joliment présentés, les haricots sont alignés, les pommes sont disposées en pyramides. Les étalages sont tellement esthétiques qu’on n'ose à peine se servir pour remplir son panier. Certains vendent des cheveux postiches pour ces demoiselles, d’autres des vêtements pour enfants ou des sacs bon marché, le kilo de patates à 1 ytl, les deux tee-shirts pour 5 ytl, et goûtez donc ce fromage fumé...
A Istanbul, les marchés sont équipollents à des fourmilières. Tout s’agite, sons, odeurs, marchands et acheteurs se mêlent. Si vous prévoyez de venir prochainement à Istanbul, ne ratez sous aucun prétexte ce rendez-vous de négoce !



Voici la liste des célèbres pazar d’Istanbul dans lesquels vous trouverez produits frais, vêtements, chaussures, accessoires, porcelaine, fleurs, etc.

Tous les mardis
Marché de Kadiköy, plus de 2.000 marchands s’étalent sur 39.000 m².
Tous les mercredis
Marché de Fatih, il s’étend sur 7 avenues et 17 rues avec plus de 2.500 marchands.
Marché de Yeşilköy qui s’étend sur 12.000 m².
Tous les samedis
Marché de Beşiktaş et ses 400 marchands.
Tous les dimanches
Marché d’Ulus, avec ses 800 marchands

* Les photos qui illustrent ce billet ont été prises sur le marché de Şişli qui a lieu chaque dimanche.

mardi 4 mars 2008

Turnacıbaşı Sokak


L'antiquaire Eski Fener

Dès la première année de mon installation à Istanbul, j’ai découvert cette rue par le plus grand des hasards et depuis, je ne cesse d’aller m’y balader. C’est d’ailleurs en me rendant dans les nombreux antiquaires de Turnacıbaşi sokak que j’ai pris goût à chiner des vieux meubles et des objets de décoration.



Située entre les quartiers de Cihangir et de Galatasaray, à Beyoğlu, Turnacıbaşı Sokak est aujourd’hui bien plus qu’une des mes rues préférées d’Istanbul ; C’est devenu l’endroit où se situe notre nouvel appartement, notre premier achat immobilier en Turquie. Pas de grand dépaysement donc en changeant de quartier d'ici la fin de la semaine. Tous les commerçants de cette rue nous connaissent déjà, et il s’y dégage une atmosphère tellement particulière qu’il n’est pas rare de croiser des équipes de tournages de films et de publicités.



Même si les vieux meubles sont exposés aux yeux de tous dans la rue, il ne faut pas hésiter à pousser la porte des boutiques d'antiquités. Objets datant de l'époque Ottomane, vieux téléphones, tableaux, caftans, bijoux : Vous y découvrirez un choix d'articles variés.



Les prix diffèrent bien sûr selon l'objet de convoitise, c'est d'ailleurs le moment de montrer vos talents de négociateur... Amis collectionneurs, vous ne serez pas déçus du voyage.



Mais rassurez vous, il n'y a pas que des antiquaires dans ma rue, il y a aussi de quoi manger, boire et faire ses courses. Un büfe qui propose des toasts et des jus d'oranges frais, un manav qui vend des légumes et des fruits gorgés du soleil d'Antalya.



Il y a aussi l'épicier (bakkal) qui écoule des oeufs blancs frais et la boulangerie d'où s'exhalent des effluves de mahlep et de sésames grillées.



Zümrüt Cam est spécialisé dans l'encadrement, il vend de très jolis miroirs. Quant à Arkadaş Art Galeri tenu par une francophone, à peine ouvert et c'est déjà l'affluence. Logique : On y trouve de jolis tableaux et des affiches d'Istanbul à des prix plus que raisonnables.



L'originalité est aussi au rendez-vous. Perpendiculaire puis paralléle à Istiklal Caddesi, Turnacıbaşı Sokak attire les candides et les avant-gardistes. Vêtements multicolores, tee-shirts sérigraphiés, de quoi vider votre porte-monnaie !



Bien que le passage Anabala ne renferme pas beaucoup de boutiques, j'y passe de temps en temps et y dégote toujours des fringues sympas que j'achète pour une bouchée de pain.



Pour les amateurs des vieux 33 ou 45 tours, rendez-vous à Deform Müzik installé depuis peu dans la rue. Fred est d'ailleurs reparti de ce disquaire avec un vieil album de The Smiths. Un peu plus loin, le pressing Güven qui a pignon-sur-rue depuis de nombreuses années.



Comme dans tous les quartiers d'Istanbul, n'y cherchez pas d'homogénéité architecturale, cependant les premiers immeubles de la rue (quand on vient d'Istiklal Caddesi) sont en pleine restauration et la municipalité vient de nettoyer et vider un squat ce week-end : C'est ce qui s'appelle prendre du galon.



La semaine, il n'est pas rare de croiser des lycéens qui se rendent au lycée Italien (à gauche sur la photo ci-dessus) ou au lycée Roumain situés à quelques métres l'un de l'autre.



Notre rue est connue des Istanbuliotes car elle abrite la Consulat Grec aux murs bleus, mais pas seulement. Vous y trouverez aussi les bains turcs de Galatasaray, ouvert aux hommes et aux femmes. Pour 63 YTL (36 €), vous aurez le droit, en plus de l'entrée, à un gommage du corps ainsi qu'à un massage. A noter que les hommes et les femmes ne sont pas mélangés à l'intérieur du bâtiment, comme dans la majorité des hammams turcs.



Mais la visite se termine bientôt et il me semble que je ne vous ai pas communiqué l'adresse du designer de bijoux (Mor) qui expose quelques merveilles, ou bien la boutique outlet de la marque Bambi où l'on peut acheter des chaussures soldées tout au long de l'année. Et n'oublions pas le coiffeur pour hommes qui est fort sympathique et qui réalise une coupe de cheveux pour ces messieurs pour la modique somme de 7 YTL (4 €).



Souvent absente des guides touristiques, Turnacıbaşı Sokak est comme un serpentin de vie et d'odeurs. Colorée, pratique, vivante, surprenante, notre rue est loin d'être décadente. Elle est dotée d'une âme et de commerçants avenants, comme il me tarde d'emménager dans notre nouvel appartement...