Tant que les gens voyageront encore dans de lointains villages retirés où ils trouveront une petite chambre pour passer la nuit, tant qu'ils auront plaisir à se contenter des transports en commun et des vendeurs des quatre saisons, ils trouveront du réconfort dans les petites choses"...
Alexandra David-Néel, Lampe de sagesse
Il est bon parfois de se détacher de notre culture occidentale et notre tendance à vouloir tout planifier et tout contrôler. Quand on visite la Turquie, il faut apprendre à se laisser porter par la vague, à faire confiance à la providence.
Village d'Aydınköy
Il est vrai que certains endroits du monde ne laissent pas vraiment la place à l'improvisation, mais ce n'est pas le cas, heureusement, de la région de la Mer Noire.
Semra assise sur mes genoux et Zalım
Je ne vous ai jamais raconté un de nos plus beaux souvenirs de cet été, à croire qu'il faut du temps pour digérer les moments forts de sa vie. Il s'agissait de notre dernière nuit en Mer Noire avant le retour vers Istanbul, et vers 16h de l'après-midi, alors que nous ne savions toujours pas où nous allions dormir le soir même, le destin nous a mené dans un petit village archaïque construit tout en bois : Le village d'
Aydınköy.
Comme d'habitude, les touristes étrangers qui parlent le turc ne sont pas nombreux à venir s'enliser dans ces coins perdus et nous nous faisons vite repérer. Nous entamons aisément la discussion avec les habitants du village. Parmis eux, un jeune couple à qui nous demandons ce que nous pouvons visiter de typique dans les alentours.
Ils nous parlent d'un joli
yayla (haut-plateau) situé à seulement quelques kilomètres, nous essayons de savoir s'il y a une pension là-haut pour passer la nuit mais rien de ce genre malheureusement. Ils nous proposent alors de nous héberger si nous pouvons les monter en voiture : Nous acceptons l'offre avec joie.
A Gauche, Nurhan et Fatih
La maman de Fatih vit trois mois là-haut, ils ont quelques affaires à lui monter. Quelques minutes plus tard, nous voilà six dans la voiture, la route est cailloutée et sur le chemin nous prenons encore deux personnes que nous croisons et qui sont en train de monter à pied. Notre bas de caisse tape sur des cailloux, l'ascension est héroïque...
Yayla d'Aydınköy
Arrivés en haut, le paysage est magnifique, pas de cable électrique, ni de réseau téléphonique, le village n'a ni l'eau courante ni l'électricté. Les maisons n'ont pas de salle de bain, seulement des toilettes à l'ancienne. Ici, on s'occupe principalement du bétail et les journées sont rythmées autour des bêtes : On se lève vers quatre heures du matin pour traire les vaches avant qu'elles ne soient conduites dans les pâturages environnants et l'on se couche vers 21 heures.

Les maisons sont construites en bois, en dessous dorment les animaux, à l'étage la famille. Ainsi la chaleur des bêtes monte et réchauffe la pièce principale où nous prenons le dîner du soir composé de soupe aux pâtes, melon d'eau, tomates, pain maison et fromage. Dès la tombée de la nuit, nous enfilons de gros pulls et nous glissons sous la couette, nous sommes six à dormir dans la même pièce et le bébé du jeune couple se balance au dessus de nous, dans un lit aménagé entre deux cordes tendues, avec des couvertures.

Entre le bébé qui pleure et le vent qui souffle fort nous ne fermons pratiquement pas l'oeil de la nuit. Quand on voit comment tient le toit (planche, plastique et gros cailloux), on se demande comment tout tient en place. Malgré le manque de sommeil, nous découvrons la lumière du jour avec bonne humeur. L'air est frais, non pollué, les
kangal (gros chiens turcs) veillent sur le bétail, le thé chauffe sur le poêle. Quelques heures passées avec cette famille nous auront permis d'aborder des sujets aussi divers que variés : le mariage, le service militaire, l'éducation des enfants, la vie hivernale, etc.
Mais peu avant l'heure du déjeuner, nous devons reprendre la route, au revoir le
yayla et ses habitants qui ont le sourire greffé au visage. Loin du luxe et de la technologie, ces turcs sont heureux, même s'ils vivent avec trois fois rien et ignorent de quoi sera fait demain. Une belle leçon d'humanité que nous tâcherons de ne pas oublier. Nous repartons la tête remplie de beaux souvenirs, le coeur débordant de bonheur simple, les yeux soulignés de cernes et les chaussures pleines de boue...