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Du miel aux épices d'Istanbul...

mardi 16 octobre 2007

Çok doydum

Cette année, j’ai passé les bayram* seule, ça fait du bien parfois de se poser un peu quand la vie va trop vite. J’en ai profité pour rendre visite à quelques amis de mon âge qui vivent loin de leur famille. Aussi, rien de bien trépidant à vous raconter au sujet de ces 3 jours de pluie et de fêtes.
Cependant, je garde toujours en souvenir les premiers bayram que j’ai passé à Istanbul dans une famille turque. Je compare souvent ces fêtes à noël, car bien qu’elles soient de nature différente, l’esprit reste le même : Se retrouver en famille, manger de bonnes choses, rire, partager, gâter les enfants et s’entourer des gens qu’on aime.


Quelques plats typiques de la Mer Noire

Il y a 5 ans, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Bayram ne faisait pas parti de mon vocabulaire, j’avais beau savoir que c’était la fin du ramazan, les fêtes du sucre, je n’étais pas plus inspirée. Aussi, quand je me suis retrouvée au milieu d’une dizaine d’inconnus, dans un appartement où je n’avais jamais mis les pieds, je me suis vraiment demandée ce que je faisais là. On me présentait un tas de personnes et j’avais un peu de mal à m’y retrouver entre les abla, teyze, anne-anne, (soeur ainée, tante, grand-mère maternelle) : Un vrai melting-pot familial.

Après de vives embrassades, les enfants étaient couverts de cadeaux, nouveaux vêtements, argent liquide, jouets, ils avaient de quoi s’occuper jusqu’à la fin de la journée. Les grands, quant à eux, prenaient place autour d’une grande table décorée avec soin. Il y avait déjà de nombreux plats froids à base d’huile d’olive disposés devant nous et, alors que je me servais de feuilles de vigne farcies (mon pêché mignon), la maitresse de maison amenait des plats chauds. Soupe, agneau aux légumes, pilav, börek, ce n’est pas le choix qui manquait ni les bonnes odeurs d'ailleurs. Je tâchais de goûter à tout mais au bout du quatrième plat je n’avais déjà plus faim.


Plats traditionnels turcs

J’essayais d’imaginer le temps que notre hôte avait gaspillé dans la cuisine pour préparer tout cela.
Après quelques heures passées à table, nous avons pris place dans le salon. A savoir qu’en Turquie, il y a toujours de la place pour 15 dans les salons, grands canapés, petites tables basses, toute la famille est réunie. Avec le thé ou quelques tasses de café turc, arrivèrent les patisseries gorgés de sucre, de miel, difficile de trouver de la place dans nos estomacs encombrés. Les boites de chocolats et de baklava que les invités avaient amenées circulèrent aussi.

Vers 16h, la famille avec laquelle j'étais dit au revoir à tout le monde. Le ventre plein, je n'avais qu'une envie, m'allonger sur un lit et me reposer. Mais inutile de rêver, les fêtes n'étaient pas encore finies. A présent direction... La famille, encore. Des cousins éloignés. Leur appartement etait rempli de monde, certains partirent en nous voyant entrer. On avait l'impression de se passer le relais. A peine installés dans le salon que d’autres sonnèrent. Les voisins apportaient des choses à manger. Les iyi bayramlar (joyeuses fêtes) pleuvaient dans le salon. On avait beau dire çok doydum ben (je n'ai vraiment plus faim), des börek, du thé, des desserts nous étaient servis. J’essayais de refuser en montrant mon ventre plein à craquer mais la maitresse de maison insistait. C’etait apparemment mal poli de refuser. Aussi je m’excécutais mais je pouvais à peine engloutir deux bouchées de mon assiette.

Au bout d'une heure, les au revoir furent tellement chaleureux que j’avais l’impression de faire partie de la famille. Allions nous enfin rentrer ? Non, nous devions ensuite visiter des oncles. Là encore, même scénario, accolades, embrassades, gens qui arrivaient, gens qui partaient, une quinzaine de personnes dans l'appartement, verres de thé, çok doydum, assiettes garnies.
Au total en 8 heures, nous avons rendu visite ce jour là à 5 familles, bu le triple de verres de thé, et mangé le quadruple de gâteaux. C'est simple, j’avais accumulé des calories pour les trois mois à venir !
Les enfants avaient reçu des cadeaux par millier, les adultes étaient gavés comme des oies. Quand je pense que j’ai 5 tantes, 7 oncles, 2 frères et 9 cousins et cousines, j’ose à peine imaginer ce que serait Bayram si ma famille était turque…

* Bayram : Fêtes religieuses, jours fériés

jeudi 4 octobre 2007

Ma première fois

J’ai écrit cette histoire (vraie) il y a quelque temps de cela en espérant pouvoir un jour la publier avec d’autres dans un recueil de nouvelles. Faute de temps, mon projet d’écriture est remis à plus tard, mais je ne désespère pas un jour pouvoir publier un livre dont je connais déjà le titre ;-)

Une première fois, ça ne s’oublie pas. Quelle soit bonne ou mauvaise, elle reste là, collée à notre mémoire comme un chewing gum resterait accroché à une semelle de chaussure. On doit vivre avec, un point c’est tout. Ça fait parti de notre vie, de nos souvenirs, de nous.

Ma première fois, je ne suis pas prête de l’oublier. Maintenant j’en rigole de bon coeur, mais à l’époque j’étais peu fière de cette nouvelle expérience qui s’est avérée un véritable désastre. Je vais vous la raconter dans les plus amples détails en tâchant de ne rien oublier...



C’était un samedi matin, je devais me rendre chez un ami. Je descends ma rue et je vais me poser sous l’abri de bus situé à quelques mètres de chez moi. Autour de moi pas un chat, en face de moi les pêcheurs qui semblent souffrir du froid. Je plonge la main dans mon sac afin d’y trouver mon ticket de bus, préalablement offert par une de mes amies qui en avait tout un stock dans son portefeuille.

Mon bus arrive, je me lève et je fais signe de la main au chauffeur. Ce dernier ralentit puis ouvre les portes de son immense véhicule. Je monte à bord, armée de mon ticket et tente de trouver une barre à laquelle m’accrocher car le capitaine du bus démarre en trombe. Avant d’aller prendre place dans le bus à moitié vide, je dois bien entendu oblitérer mon ticket. Mon amie m’avait dit auparavant qu’il y a avait des machines automatiques prévues à cet effet et situées à côté du chauffeur du bus. Je n’ai pas de mal à apercevoir la poinçonneuse des temps modernes, habillée d’orange criard.
Je mets tant bien que mal mon ticket dans la petite fente située en haut de la machine, puis j’attends la tête bien en dessus du dispositif pour ne pas louper mon ticket quand celui-ci va remonter tamponné.



10 secondes passent, puis 30, puis 40...
Qu’est-ce que c’est long ! En France les machines sont plus rapides, on met le ticket et hop, un petit bruit et celui-ci remonte aussitôt. Heureusement qu’il n’y a personne d’autre qui est monté derrière moi dans le bus ce jour là.
1 minute, 1 minute 10, 1 minute 20, 1 minute 30.
Je reste concentrée à zieuter la machine. Non mais qu’est-ce qui lui arrive à mon ticket ? La machine est en train de faire de l’origami avec ou quoi ? La tête penchée au dessus de la boîte orange, je commence sérieusement à m’inquiéter. Est-ce que j’ai bien mis mon ticket dans la fente ? Peut-être qu’il est tombé derrière la machine ?
2 minutes, 2 minutes 10, 2 minutes 20. J'attends, toujours rien.
Je reste toujours les yeux rivés sur la machine, au cas où le ticket soit d’un seul coup propulsé en l’air comme une tranche de brioche expulsée du grille-pain. Pendant ce temps, le chauffeur me regarde avec un air suspicieux et dubitatif à la fois et finit par me demander :
- "Ne bekliyorsunuz ?” "Qu’est-ce que vous attendez ?”
- "Ben euh....”
Ni une ni deux, l’information arrive jusqu’à mes neurones et je comprends enfin, mais un peu trop tard....
Quelle gourde ! Comment peut-on être aussi stupide ? Je baisse la tête et file jusqu’au fond du bus, le visage rouge comme une tomate. La honte. Une fois assise au fond du bus, je jette un coup d’oeil au chauffeur qui se bidonne derrière sa moustache.

Non Marie, en Turquie les tickets de bus oblitérés ne remontent pas, ils ne ressortent pas de la machine comme en France. Ils sont avalés, un point c’est tout. La machine les avale, les broie, mais elle ne les rend JAMAIS, le chauffeur du bus faisant office de contrôleur.

Voilà. Vous savez à présent tout de ma première fois dans les transports en commun en Turquie. Je vous avais prévenus, ce fût un véritable désastre. Je suis sûre que le chauffeur du bus en rigole encore...



Finalement vivre en Turquie (comme dans n'importe quel pays étranger d'ailleurs), c'est perdre tous ses repères et c'est naître à nouveau. Ce qu'on croyait acquis est à apprendre.
Toute une vie à réinventer...