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Du miel aux épices d'Istanbul...

jeudi 13 décembre 2007

Prix coûtant... ou prix changeant ?

Adopter une culture qui n’est pas la notre n’est pas toujours évident. Autant par moment on s’étonne de pouvoir faire certaines choses, autant parfois c’est plutôt l’inverse, on sait ce qu’il faut faire, on sait que c’est la coutume du pays mais notre mentalité française nous rattrape à grand pas. Et finalement, on a beau vouloir et essayer, notre entreprise achoppe à chaque fois.

En ce qui me concerne, s’il y a bien quelque chose que j’ai du mal à faire en Turquie, c’est négocier les prix. Je paie pratiquement toujours au prix coûtant, sauf quand Fred est à mes côtés et qu’il m’explique pour la centième fois ce que représente un acte de vente ici.


Ancien billet turc

En Turquie, il faut oublier notre côté français : celui qui prescrit que l'on doit payer ce qui est écrit sur l’étiquette. Ici, tous les prix se négocient, sauf dans de rares cas tels que dans les grands magasins internationaux, les cafés, les restaurants, les supermarchés, les cinémas, pour les places de concert... Dans une boutique, arrivé aux caisses, il faut toujours demander Nakit, ne kadar ? (combien ça coûte si je paie en cash?). Et hop, le prix baisse de 10 % si on ne tend pas sa carte bleue. Mais ça, c’est facile, je le demande toujours.

Par contre, quand il s’agit d’acheter un objet quelconque dans une petite boutique, c’est beaucoup moins évident. Et quand j’achète quelque chose au grand bazar, je ne négocie que quand je juge que le prix est trop haut.
N’oublions pas qu’en Turquie, l’acte de vente est avant tout une rencontre, un échange. La preuve : on vous offre souvent en premier le thé, on prend le temps de vous connaître et si vous n’achetez rien, vous ne partirez pas en ennemi, les vendeurs n’en seront pas pour autant aigris ou rancuniers.


Cette oeuvre est exposée au musée d'art moderne de Tophane

Malheureusement, je suis trop gentille. Quand j'achète un bouquet de fleurs à une marchande ambulante ou un souvenir à un petit papi, j’achète souvent au prix coûtant, je déteste négocier les prix. Pourtant ce week-end à la pâtisserie, la dame devant moi ne s’est pas gênée pour parlementer avec le vendeur concernant le prix de sa boîte de petits-fours. Au fond de moi-même, je pense "je ne suis pas à un ou deux YTL* près", "la pauvre, elle a sûrement toute une famille à nourrir...” Je me sens coupable de faire baisser le prix. Je n'y éprouve aucun plaisir à la différence de certains.

Mon côté français et magnanime me perdra, car un YTL par ci, plus un YTL par là, ça permet de faire quelques petites économies à chaque fin de mois...

YTL : Yeni Türk Lirası = La nouvelle monnaie turque

mardi 4 décembre 2007

La poupée de Michel POLNAREFF n’était pas turque

Vous connaissez sûrement cet air connu “c’est une poupée qui fait non non non...”. Je ne sais pas de quelle poupée Michel POLNAREFF parlait, en tout cas, ce ne devait pas être une poupée fabriquée en Turquie.


Poupées de Cappadoce

S’il y a bien une petite manie propre aux turcs qui hérisse parfois mes poils à 90 degrés, c’est ce oui incessant, perpétuel qui sort de la bouche des gens. Evet comme on dit ici.
Exemple : Vous êtes dans la rue, en retard à un rendez-vous, impossible de trouver l'endroit marqué sur la carte de visite. Vous accélérez le pas, et demandez à un passant votre route.
- Vous connaissez la rue güzelbahçe ?
- Evet, hum... C’est plus bas, la première à droite.
Un peu plus loin, vous pensez être arrivé mais vous n’êtes pas dans la bonne rue. Vous demandez à une autre passant :
- Vous connaissez..?
- Evet, je crois que c’est....
Les turcs n’aiment pas dire non. Il est chimérique qu’ils vous disent : Désolé, achète-toi un GPS. Ils veulent tellement vous aider qu’un non serez une trahison à leurs traditions ancestrales. Leur sens de l’hospitalité est en lui même une antithése à la négation.
Deuxième exemple : Vous attendez un usta (= plombier, artisan, menuisier..) à la maison. Le mot qu’il ne faut pas prononcer devant moi sous peine de pulsion meurtrière. Il y a une fuite dans votre cuisine, vous appelez d’urgence le plombier. Il est aimable, vous écoute, et quand vous lui demandez : Vous pouvez venir rapidement ? Il vous répond Oui. Ouf, sauvée.
- Quand ?
- Dans une heure.
Deux heures plus tard, pas l’ombre de Mario Bros dans votre cuisine, vous le rappelez.
- Vous êtes où là, je vous attends...
- Désolé, j’ai du retard.
- Vous allez venir ce soir ou non ?
- Oui, je vais venir.
- Quand ?
- Dans une heure.
Toujours rien au bout de deux heures, vous le rappelez. Il vous dit qu’il arrive, il est proche. Trois heure plus tard, il est déjà 22h, il sonne enfin à votre porte.
- A cette heure là, je ne peux rien faire, je n’ai pas mon matériel, je vais faire trop de bruit en plus.
- Vous pouvez revenir demain ?”
- Oui, pas de problème.
- Très bien, je vous attendrais. (Ai-je bien le choix ?)
Et c’est finalement au bout d’une semaine que votre fuite sera réparée...

Les turcs aiment dire oui. Même lors des demandes en mariage, les hommes acceptent le café que leur apporte leur future épouse alors qu’ils savent très bien qu’elle l’aura préparé avec trois cuillères à soupe de sel.


Epicerie de galata

Un jour, je me suis rendue dans une épicerie, j’y ai fait quelques courses. Arrivée devant le bakkal (épicier), je lui tends un gros billet. Il n’a pas la monnaie. Il me dit alors : Ce n’est pas grave, tu me paieras demain. Je ne le connaissais ni d’éve ni d’adam et voilà que je ressortais sans payer de son échoppe les mains pleines. Bien sûr, je suis retournée le payer le lendemain et je ne suis même pas tombée sur lui. Son associé n’était pas au courant de mes dettes...

Moralité : Il vaut mieux prononcer un non franc, qu'un oui incertain. Et comme dirait Pythagore : Les deux mots les plus brefs et les plus anciens, oui et non, sont ceux qui exigent le plus de réflexion.