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Du miel aux épices d'Istanbul...

vendredi 11 janvier 2008

Vache à lait

Je pense très sérieusement coudre une poupée vadoue dans laquelle je planterai sans complexe une vingtaine d’aiguilles. Je lui mettrais une blouse verte et une fraise dans la main. Elle ressemblerait à mon dentiste...



On oublie souvent de le dire, mais la plus grande difficulté quand on s’expatrie n’est pas d’apprendre la langue mais de trouver de bons médecins. Des praticiens avisés en qui vous pouvez avoir confiance et qui parlent une langue étrangère : Tout un carnet d’adresses à refaire.

A chaque fois que je passe la porte d’un médecin en Turquie (ce qui arrive très rarement heureusement), j’ai toujours peur de la suite des événements. Non pas qu’ici les médecins soient mauvais, ils sont aussi diplômés qu’en France et sont très compétents, mais le fait est qu’ils nous voient comme des vaches à lait : Etrangers, par ici la monnaie !
Vous l’ignoriez ? Lisez donc la suite....

Une fois, je me suis réveillée avec un oeil au beurre blanc, un oeil gonflé comme si j’avais pris trois punchs en pleine figure mais sans les bleus bien sûr. Je ne savais pas où aller. Des amis turcs me conseillent une clinique spécialisée pour les yeux. Je m’y rends et un médecin me reçoit rapidement. Il m’examine et me fait passer tout un tas de tests (tension des yeux, etc) avec des grosses machines. Je commence à me dire que ça a l’air grave vu tout ce que l’on me fait subir. Après une heure d’examens poussés, le verdict tombe :
- C’est de l’eczéma, passez juste un peu de pommade Mademoiselle.
Inutile de vous dire que l’addition fût salée. Oui, j’ai une protection sociale ici (CFE) mais je précise que je dois avancer tous mes frais avant d’être remboursée.

J’ai poussé mi-décembre la porte d’un cabinet de dentistes pour une molaire cassée. Après l’examen de ma radio dentaire, le dentiste a pris un air grave, il m’a expliqué qu’il fallait m’arracher mes 4 dents de sagesse, enlever 3 dents pour faire un bridge car ma dent était perdue.
- Vous ne pouvez pas m'arracher que la dent cassée Mr le dentiste ?
- Hayır, olmaz ! (non impossible) me répondit-il.
7 dents arrachées au total, à 30 ans ça fait mal. Je lui ai demandé s’il collectionnait les molaires. Heureusement avec ses outils dans ma bouche, il n’a pas compris mon commentaire humoristique qui ressemblait fort à un borborygme. Il voulait commencer les soins tout de suite, j’ai refusé prétextant partir en France rapidement et j’ai demandé une facture proforma (chose qu’il faut toujours faire en Turquie avant d’avoir des surprises à la caisse !). Je suis sortie avec la mine déconfite voyant le prix que ça allait me coûter. J’étais complétement anéantie. A ce prix là, autant m’arracher les dents moi-même avec un fil autour d’une poignée de porte !

Heureusement, ayant toujours mes dents du fond, j’ai pris la sagesse de demander conseil auprès de ma famille en France. Le dentiste de mon père a été formel : On ne fait plus des bridges depuis longtemps, il vaut mieux un implant. Pas besoin non plus d’arracher des dents de sagesse si elles ne sont pas de travers et si elles ne sont pas douloureuses.



De retour sur Istanbul après les fêtes de fin d'année, je vais donc voir un autre dentiste car l’histoire ne s’arrête pas là : Deux avis valent mieux qu’un. L’homme qui me reçoit est très gentil, il m’a été recommandé par une amie. Il me dit qu’il peut me faire un implant et qu’il faut arracher 2 dents de sagesse. Je lui demande une facture proforma. Il semble surpris mais la réalise à la main, et tout en le voyant pianoter sur sa machine à calculer, je vois la note s’allonger. Je ressors du cabinet avec une facture encore plus elevée que la première alors qu’elle comprend deux fois moins de soins. Le soir, grosse déprime, j’en ai marre qu’on me prenne pour une vache à lait. Sous pretexte que je suis étrangère, ils en déduisent que j’ai les poches pleines. Ici les médecins vous poussent à la consommation, ils doivent avoir des belles primes des sociétés pharmaceutiques et des cliniques.

Saviez-vous que la plupart des femmes accouchent sous césarienne en Turquie ? C’est sûr, moins de risque pour le bébé, mais c’est surtout facturé comme une opération chirurgicale alors qu’un accouchement normal non !
Un petit rhume : Paf, sous antibiotique. En Turquie, essayez de chercher un ostéopathe ou un homéopathe... Alors qu’en France on essaie de moins médicamenter les patients, d’utiliser des méthodes naturelles et saines, ici c’est l’inverse. La santé est un véritable business. Pour le moindre petit bobo, on sort son bistouri.

Mais revenons à nos molaires si vous le voulez bien. Qui choisir ? Un dentiste malhonnête ou un dentiste avide d’argent ?



Je décide donc d’aller voir un autre spécialiste. Vous connaissez le proverbe : Jamais deux sans trois. C’est une femme, recommandée par un ami une fois de plus. Son approche est complétement différente. D’entrée elle m’explique les soins qu’il faut apporter et me demande de la mettre en contact avec mon dentiste français. Elle pense que je veux me faire soigner là-bas. Elle me donne une version totalement aux antipodes des deux dentistes que j’avais rencontrés. Elle ne parle pas de mes dents de sagesse. En ce qui concerne les soins, la durée d’attente, la médication, tout est différent. Quand elle me donne ses tarifs, je suis prête à lui sauter au cou, mais je m’abstiens. Elle aura en compensation mon sourire, celui que j’avais perdu en broutant dans les prairies verdoyantes de ses collégues turcs.

Toutes les photos ont été prises dans la région de la Mer Noire

jeudi 3 janvier 2008

Déconnectée

Il est tout juste 10 heures du matin quand je rentre dans le premier magasin que je trouve ouvert. Je pousse la porte et une vendeuse m’accueille avec le sourire, je lui formule un “merhaba” énergique. Elle écarquille les yeux et fait mine de ne pas comprendre. Je rougis, baisse la tête et poursuis mon chemin. Un peu plus loin, je reconnais un son familier. Derrière moi, deux jeunes femmes discutent. Je me retourne, par automatisme, puis je les dévisage, non pas parce qu’elle parlent bruyamment mais parce que je me dis que je les connais peut-être. La langue qu’elles parlent m’est familière : C’est ma langue maternelle. Mais quoi de plus naturel me direz-vous que d’entendre parler français quand on foule le sol parisien...



Pour ma première matinée passée en France, je multiplie les gaffes et les réflexes d’expatriée. Je me crois encore à Istanbul et m’étonne de tout ce qui m’était pourtant tellement familier. Je m’extasie devant de belles endives blanches, ça fait tellement longtemps que je n’en ai pas vues sur les étalages des produits frais. Je parle turc quand il faut parler français. Je passe trois heures aux caisses en retournant chaque pièce d’euro pour savoir quelle est sa valeur. Tout m’est coutumier et pourtant, tout me semble étranger. Je traverse la rue en dehors des passages cloutés ou encore quand le feu est rouge. Je trouve la ville de Paris bien trop organisée : Les boulevards et les trottoirs sont si grands, les immeubles semblent être en si bon état. Rien à voir avec la capitale culturelle de la Turquie.

Comme ordinairement pendant la période de noël, lors de mon séjour en France, j’attrape les premiers microbes qui trainent. Fatigue, changement d’alimentation, je me sens complétement à plat alors que d’habitude je regorge d’énergie. Revenir en France me procure une impression bizarre. De la joie (de retrouver ma famille, mes amis et mon pays) mêlée à une incommodité. L’impression qu’un de mes cables est déconnecté.



Quelques jours plus tard, dans le vol retour, je suis triste de m’éloigner des gens que j’aime mais heureuse de retrouver Istanbul que j’aperçois déjà par le hublot. C’est si bon de retrouver son petit nid douillé, ses affaires, mais c’est moins agréable de défaire les valises, de faire tourner les machines, de découvrir les factures à régler.
Entre fatigue, trouble et euphorie, j’oublie cependant un détail d’envergure : Celui qui consiste à changer l’heure. Le décalage horaire entre le France et la Turquie n’est pas très important mais il peut tout de même vous faire rater l’avion qui devait vous permettre de réveillonner dans le Sud-Est de la Turquie en se levant une heure trop tard.

Remettre ses pendules à l’heure, en voilà un bel euphémisme finalement pour décrire ce que vit chaque expatrié quand il rentre au pays. D’ailleurs, quand je parle de “rentrer au pays” je m‘interroge. S’agit-il pour moi de rentrer en France, ou bien en Turquie ?

Les photos qui illustrent ce billet proviennent de deux expositions que j'ai visitées à Paris : "Christian LACROIX, Histoires de mode" au musée des arts décoratifs et "Zoé-Zoé, femmes du monde" de Titouan LAMAZOU.