mercredi 11 juin 2008
Şanlıurfa : La ville oasis
Par Marie-France, mercredi 11 juin 2008 à 09:41 :: Turquie du Sud-Est
L’entrée dans cette ville ne peut pas être plus accueillante, une banderole signale aux nouveaux arrivants que chaque touriste est un ambassadeur. L’esprit d’hospitalité résonne donc dans toute la Turquie, jusqu’à la frontière de la Syrie.
Appelée autrefois Edesse, la ville d'Urfa s'est vue s'enrichir d'un adjectif qualificatif dans les années 80, faisant référence à sa victoire antérieure sur les français, devenant ainsi Şanlıurfa (Urfa la glorieuse). De nos jours, les turcs utilisent les deux noms pour qualifier la ville.
Nos premiers pas dans Şanlıurfa sont animés de curiosité et d'étonnement en voyant les vêtements et les coiffes des hommes et des femmes. On croise de tout, c'est un vrai melting-pot. Mais ce qui est le plus surprenant, c’est ce turban couleur lavande, aux motifs parfois floraux que les hommes portent autant que les femmes, mais qu'ils nouent différemment.
Cette couleur, liée à la spiritualité sur d'autres continents, si douce à côté des visages tanés et des regards sombres des locaux, a quelque chose de particulier. J’interroge Cemal, notre guide et l’enfant du pays, n'ayant jamais vu ce turban à Istanbul.
Il me raconte que ces foulards ont fait leur apparition il y a quelques années, et que le gouvernement s’en est inquiété. Une nouvelle ethnie, une secte ? La police mena l’enquête et se rendit compte que ces foulards venaient de Chine, ils étaient vendus si bon marché que les stocks ont vite été épuisés. Nous ne résistons pas à cet achat souvenir, que le vendeur ambulant nous noue à une vitesse éclair.
Nous formons un groupe au look bien “touriste” mais tant pis, ce foulard a un avantage incontestable : Il nous protège du soleil qui frappe sur nos têtes, alors que nous attaquons l’ascension de la colline pour atteindre la citadelle de la ville. Une fois arrivés au sommet de la colline de Damlacık, un beau panorama s’offre à nous et à la vue des maisons basses aux toits plats, nous avons l’impression de dominer une ville du Maghreb.
Au sommet, les deux célèbres colonnes, le légendaire trône de Nemrod
De l’autre côté de ce beau panorama, des gecekondu s'élèvent en nombre. Un mariage y est célébré, dans la rue les gens dansent en farandole avec leur coiffe couleur lavande, nous regardons quelques minutes ce spectacle improvisé en plein air et rempli de gaîté, avant de redescendre vers la ville et sa verdure.
Nous prenons ensuite place dans un café qui est installé à l’ombre dans le quartier de Gölbaşı. Mes amis commandent un thé, mais je préfère goûter au café local, le smyrna. La tasse est concave et le café digne des expressos italiens. Je bois avec appréhension, le goût est âpre, impossible de siroter ce breuvage amère.
Je rajoute en douce un sucre, chose que l’on ne fait normalement pas. Mais impossible d'en boire plus. Bariş m’indique que la tasse dans laquelle on sert ce café est normalement tellement ronde qu’on ne peut pas la poser sur la table. Il faut la garder en main, et quand le café est bu, il est de coutume de retourner la tasse sur la coupelle.
Nous nous dirigeons ensuite vers le complexe de Dergah ainsi que vers le Göl d’Urfa, peuplé de poissons aussi gros que des saumons d’élevage. Tous les gens sont accroupis et observent ces vertébrés aquatiques qui s’animent.
Carpes sacrées du bassin d'Abraham
Verdure, canaux, le quartier est magnifique, un vrai havre de paix qui porte en soi tant de légende... C’est à Urfa que naquit en effet le prophète Abraham, on peut d'ailleurs visiter la grotte où il est né dans le complexe de Dergah. Adam et Eve résidèrent aussi dans cette ville. Nous pénétrons ensuite dans l'enceinte de la mosquée d’Ulu Camii, datant du 12e siècle.
A dte, un jeune garçon paré de blanc pose avec sa famille, avant d’être circoncis
Nous passons quelques heures à Gölbaşı mais le ciel se couvre et une averse s’abat sur la ville. Dans un cas comme celui là, une seule solution pour ne pas se mouiller : S'infiltrer dans un bazar couvert. Foulards, épices, vêtements, le choix ne manque pas dans les différentes échoppes.
Nous craquons d'ailleurs pour beau tapis tissé dans la région, et repartirons avec dans nos valises après une bonne demi-heure de négociation et le déroulage d'une cinquantaine de tapis. Quoi de mieux que de finir la journée sur des éclaboussures de couleurs vives et... Une bonne dizaine de çay ?